Pyrénées Orientales

 

Quelques touches musicales et lumineuses se déposent sur l’herbe jaunie. Ici, les espaces sont immensément grands, on parle de Mongolie, de désert de Gobi, d’Atacama, ou de toutes autres contrée lointaine… Chacun y va de ses souvenirs, réels ou pas, qu’importe, nous marchons vers le soleil levant.

Des lacs au bleu profond agrémentent le regard, rendant la marche légère, quasi aérienne. L’air, léger aussi, parfois électrique, claquant des nuées de gris en tout sens, libère ses tirades d’alexandrins, à grand coup de grêlons. Armes du ciel : brûlantes, bruyantes, fumantes et frigorifiantes. Cette fois ci, c’est l’orri qui nous protégera, mais jusqu’à quand ? Le lendemain, coup de froid, gants, bonnet, doudoune suffisent à peine pour ce chaud mois d’août dans les Pyrénées Orientales… L’étape, quant à elle, est un joyau dans un linceul blanc. Chaque versant abrite hardes de mouflons, d’isards qui ont su échapper au cataclysme. Où qu’il soit, le regard se noie dans des dégradés de versants, lacs, horizons en tous points, c’est sans doute ici que Rembrandt a créé sa palette.

Les crêtes s’enchainent, se déchainent, se libèrent, et se franchissent parfois à nus pieds.

Le froid et les isards nous accompagnent jusqu’au refuge, comme un dernier hommage, nous les remercions de nous avoir laissés passer…

8 h de marche pour nous, 8 h de route pour venir jusqu’à nous pour le ravitaillement, les Pyrénées sont toujours d’accès difficiles.

Vin rouge, Jurançon, melons, Mont Blanc ne suffit pas à nous réchauffer. Il faut aller dans le refuge pour éviter l’hypothermie estivale.

Les pas se dévalent sur des mers de cailloux plus ou moins stables, plus ou moins clairs, comme ce caillou qui tape dans la tête après deux verres de Patxaran… de trop…

Chaque soir, nous faisons envoler la fatigue et la sueur par des bains aussi insolites que frais. Nous prenons plaisir à nous baigner dans nos gourdes, le plus difficile est d’y rentrer, le reste est jouissance.

Le Canigou, c’est l’entre deux, entre mer et terre, entre montagne et collines, entre froid et canicule, entre facile et difficile, entre peur et relâchement, entre soi et entre nous.

Un passage, un rituel si cher aux catalans, il faut y passer. De là haut, on voit la fin et ce n’est qu’un début, un rébus, un compte à rebours.

On y pleure des larmes de champagne, certains y laissent des mots, des souhaits, des rêves, des envies, et on vit pour tous !! En vie !!

Les ravitaillements représentent les balises pour ceux qui traversent, nous en parlons, nous les imaginons, nous les vivons, ils nous nourrissent plusieurs fois. Fruits, légumes, plats maison ont agrémentés notre périple, permettant de continuer le sourire aux lèvres.

Les traversées réservent toujours des surprises, des fêtes chantées et dansées s’invitent là où on ne les attend pas. Laissant la fatigue dans les boules quies.

Maintenant, il faut rouler jusqu’à la plage… mais la descente est aléatoire. Elle réserve des soubresauts : les dernières montées déshydratent notre fatigue. Laissant parfois échapper des rires nerveux lorsque l’on entend ces genoux grincer.

Le Perthus, vision d’outre monde, temple du béton et de la consommation au beau milieu de notre vie rêvée des songes ; nous laisse sans voix.

Dernier jour, une antilope slovène nous accompagne jusqu’à la photo. Les arbres drapeaux sont les derniers cairns avant le plongeon dans les vignes et la mer.

Comme à chaque arrivée, je ne souhaite pas arriver, j’ai mal partout, les jambes sont lourdes… tout me retient là haut même ma sacoche oubliée au col, et qui m’attend toujours…

Et ici, les superbes photo d’Elisabeth Ricarrère.

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